C.P.E : une Conception Publique de l’Economie

C.P.E : une Conception Publique de l’Economie

Le moindre des paradoxes de la crise autour du CPE et des manifestations qui l’ont incarnée n’est sans doute pas qu’il a essentiellement mobilisé le secteur public.

Alors qu’il s’agit d’un contrat destiné au secteur privé marchand, c’est tout le champ public du monde du travail qui s’est levé comme un seul homme, indigné, pour empêcher le CPE d’entrer en vigueur.

La grève a essentiellement touché les services publics et les entreprises publiques et très peu les entreprisées privées dont les salariés étaient pourtant les premiers concernés.

D’ou viennent cette mobilisation et cette détermination du secteur public ?

D’un corporatisme d’avant-garde qui viserait à éliminer complètement toute forme d’introduction de flexibilité dans le secteur privé de peur qu’elle arrive dans le secteur public? La précarité et la flexibilité existent déjà largement dans le champ public avec le cortège de CDD, ex emplois jeunes, contrats emploi solidarité etc… et les salariés titulaires s’en accommodent très bien.

D’une mission de vigie rigoureuse pour l’ensemble de l’économie destinée à protéger l’ensemble des salariés notamment ceux des petites entreprises qui ont plus de mal à se défendre ? D’une vision solidaire où tous les travailleurs partageraient les mêmes risques et les mêmes combats ? L’histoire a montré que le secteur public s’est rarement senti solidaire des difficultés du secteur privé, notamment lors des campagnes de licenciement récentes. Et inversement.

Il s’agit plutôt d’une question de vision de ce devrait être aujourd’hui le monde du travail. Les salariés du secteur public ont défendu une vision idéalisée de l’emploi privé : il s’agit d’un emploi qui est bien sur un CDI, à vie car garanti par la bienveillance de l’employeur, et qui ménagerait au salarié l’autonomie et la marge de manoeuvre dont bénéficie aujourd’hui un employé dans une entreprise moderne.

Bref, un contrat idéal, qui emprunterait le meilleur du paternalisme patronal du 19ème siècle et l’essentiel des avancées qu’a connu le monde du travail depuis (responsabilisation des travailleurs, droit d’expression, de proposition, de contestation …).

Cette vision idéalisée et généreuse d’un monde qu’ils imaginent bien plus qu’ils ne le connaissent, les salariés du public l’ont transmise à leurs enfants qui l’ont à leur tour transmise à leurs camarades qui l’expriment aujourd’hui.

Ce décalage ne serait pas néfaste et pourrait être profitable s’il n’empêchait, par sa méconnaissance des enjeux actuels et des pistes réelles, le secteur privé d’évoluer vers plus de garanties pour les salariés.

La Conception Publique de l’Economie, aussi généreuse soit-elle, n’est pas forcément la meilleure pour tous.

Intégration à la française :la réussite masquée de l’école.

     Les images, les commentaires, les infos montrent à l’envi une crise majeure de l’intégration à la française.

Les voitures brûlées, les slogans hostiles à la République, les paroles des chansons de rap provocatrices et insultantes, les sifflets lancés lors de la Marseillaise au Stade de France sont agrégés pour former l’image, à priori imparable, de l’échec majeur du système d’intégration français.

D’où les solutions simplistes et  radicales prônées par certains hommes politiques dont l’ambition, médiocre, est à la hauteur de leurs propositions. Puisque le système ne fonctionne pas, il faut le détruire pour le remplacer par on ne sait pas trop quoi.

Ainsi, Nicolas Sarkozy, veut éliminer les ZEP, passer le Karcher sur des racailles, dont on ne sait plus très bien dans l’esprit de la population si ce sont les voyous, les jeunes, les immigrés ou tout simplement l’ensemble des habitants des banlieues.

Et pourtant, quelle réussite des mécanismes républicains d’intégration !

L’école, tout d’abord, a réussi à intégrer et à former des générations d’enfants d’immigrés espagnols, portugais puis maghrebins, africains, asiatiques… Elle a permis de les doter d’une culture, d’une citoyenneté, d’un diplôme et surtout d’une dignité que le reste de la société leur refusait souvent.

Elle a, souvent seule, mis sur un pied d’égalité des enfants aux origines sociales, religieuses, ethniques différentes et que les clivages sociaux opposaient souvent de manière vertigineuses à l’extérieur.

Il faut rendre hommage et préserver la longue tradition républicaine et le travail constant et déterminé des enseignants dans les écoles et les collèges pour faire vivre et défendre cet état d’esprit et ces valeurs. Si les cités n’ont pas explosé, on le doit en grande partie à l’école, aux éléments de réussite républicaine qu’elle a su y apporter et à l’espoir qu’elle parvient encore à y maintenir.

L’école, malgré ses faiblesses et ses insuffisances, a fonctionné a fond et a été la première productrice de "résultats" républicains dans cet environnement.

Les difficultés actuelles d’intégration tiennent davantage à la société civile qui refuse souvent de reconnaître l’évidence concernant les jeunes issus de l’immigration : ils sont français à part entière, formés, de culture française et souvent déterminés à participer à la vie de la société française.

Au lieu de vilipender et d’affaiblir l’école, il serait plus avisé de la reconnaître et de la renforcer.

Reconnaître tout d’abord le travail de ces enseignants bien formés mais mal payés et travaillant parfois dans des conditions pénibles. Il s’agit d’éviter que les "hussards noirs" de la République n’en deviennent les forçats. 

Reconnaître ensuite collectivement le résultats admirable atteint par l’école dans cet environnement difficile et l’encourager.

Ce n’est qu’en étant, certes critique, mais objectif et positif qu’on pourra faire évoluer notre système institutionnel vers plus d’efficacité, certainement pas en en sapant ses fondements.