De ces événements violents, déstabilisants et consternants, on peut retenir un élément central : l’individualisme. La révolte du « moi », qui en s’agrégeant à celle des autres « moi », donne l’impression euphorisante à ceux qui la porte qu’ils participent à un mouvement du « peuple », comme ils se sont auto-proclamés.
Loin d’être dans une démarche collective, les gilets jaunes n’ont aucune pensée pour les « autres », qui par définition ne peuvent qu’être d’accords avec eux contre les élites, et n’ont aucune réflexion rationnelle sur ce que les « autres », notamment les classes sociales moyennes et supérieures, leur apportent dans leur quotidien : financement des services publics, de l’éducation etc…
C’est « moi, je veux plus parce que je le mérite et j’y ait droit ! ».
Mais au nom de quoi ont-ils ses droits ? A l’éducation pour leurs enfants (8.000 euros par an pour un enfant en collège), à la santé (3.000 euros par jour pour une hospitalisation), à la sécurité etc…
Sont-ils vraiment les victimes, les oubliés de la société ou leur colère, devenue rage maintenant, ne vient-elle pas du décalage entre leurs ambitions, leurs envies, leurs désirs et la réalité ?
Ce ressentiment qui leur fait franchir toutes les barrières de la morale et du respect républicains ne vient-il pas de la différence entre ce qu’on leur promet depuis des années à coups d’émissions de téléréalité, de démagogie, de slogans tapageurs d’enseignes de grande consommation de type« vous méritez le meilleur », et la réalité de leur quotidien.
La grande habileté du mouvement a été de présenter son combat comme portant contre l’élite, alors qu’il porte en fait contre le reste de la société, qui leur « prend, leur taxe, leur vole » les richesses qui leur reviennent de droit.
Le vrai objectif n’est pas une répartition plus juste des richesses, qui pourrait se faire par exemple en s’en prenant aux grands privilégiés, footballeurs, hommes d’affaires etc…qui gagnent des millions d’euros et qui accroissent leur richesse et les inégalités, mais à ceux qui sont au-dessus d’eux socialement, et qui appartiennent à une classe sociale à laquelle ils désirent accéder.
Et si ce désir, légitime après tout, ne se réalise pas paisiblement, il doit se faire par la force.
Il y a dans ce mouvement un puissant mouvement d’envie qui balaie les principes les plus élémentaires de respect et de considération pour les autres.
C’est une révolte des égos, bien loin de celle des « égaux ».